un comité de citoyens pour naturaliser un champs

L’idée selon laquelle on peut et on doit laisser la nature recoloniser un espace urbain dégradé plutôt que d’investir lourdement dans la création d’un parc classique séduit l’esprit des gens comme nous qui valorisent la simplicité. Dans les faits, il s’agit d’un projet faussement simple qui va prendre des mois et peut-être même des années de réflexion et de mobilisation pour voir le jour. Seul un comité de citoyens experts peut arriver à dénouer les problèmes qui vont ponctuer le parcours jusqu’à la réalisation finale. Le texte qui suit vise à en faire la démonstration.

L’aménagement naturalisé consiste à créer un aménagement supportant une riche activité florale et faunique – notamment en favorisant la biodiversité, en choisissant des plantations locales qui attirent des insectes et des oiseaux et en minimisant les interventions d’élagage, de tonte et de plantation.

Dans la plupart des cas – comme pour le High Line à New-York – l’aménagement donne l’impression qu’on a simplement laissé la nature coloniser le site et reprendre ses droits en s’étendant partout dans un riche désordre naturel. Mais ce n’est pas le cas. Avant que la nature fasse son œuvre, le site a été décontaminé, sécurisé et réfléchi dans ses moindres détails – ce qui explique d’ailleurs que le projet ait coûté des centaines de millions de dollars. Il ne s’agit pas d’un parc naturalisé, mais d’un aménagement d’allure naturalisée.

Ce qui est visé avec Le champs des possibles est d’une tout autre ambition ; c’est d’intervenir minimalement sur un site contaminé en espérant que la nature se développe et s’enrichisse normalement – tout en décontaminant progressivement les sols.

Je ne sais pas si c’est possible. Ce que je sais, c’est que c’est un projet qui heurte de plein fouet non seulement les manières de faire mais aussi les bases légales et règlementaires des municipalités. Prenons trois exemples :

  • La contamination. Les lois et règlements des états modernes sur la contamination exigent la remise en état des sites contaminés lors de toute excavation ou construction – en particulier lorsqu’il s’agit d’un site appelé à être fréquenté par un large public. Il serait par exemple impossible de creuser un étang ou même d’aménager une terrasse sans procéder à une coûteuse décontamination. Ce n’est pas le risque toxicologique qui est considéré ; c’est le principe de remise en état. En d’autres mots, même si le risque toxicologique est faible, l’État a l’obligation légale de réparer les outrages causés aux terrains et aux eaux souterraines lors de la construction des nouveaux aménagements.
  • La sécurité. Les normes de sécurisation des aménagements urbains (en particulier celles produites par les groupes de femmes) stipulent que tout nouvel aménagement doit être éclairé, que la signalisation doit être évidente, que les points d’accès doivent être visibles de partout  et finalement, qu’il ne peut y avoir de bosquets ou de groupes d’arbres qui permettent à un agresseur de se dissimuler. Ces critères peuvent être atteints dans un projet d’aménagement classique mais peuvent-ils l’être si on laisse simplement la nature reprendre ses droits ?
  • Le financement. Lorsque la ville investit dans un projet de cette envergure (plusieurs millions de dollars pour l’achat du terrain), elle souhaite que cela génère une revitalisation du quartier dont l’augmentation de la valeur foncière remboursera en bout de ligne l’investissement consenti. Dans le cas qui nous occupe – c’est loin d’être certain.

Ces enjeux ne peuvent pas être résolus par un bureau d’architectes aménagistes à qui on confierait le projet puisqu’il ne s’agit pas simplement d’un problème de conception. Il faut mettre en place un processus de dialogue entre un groupe de citoyens motivés et l’administration. Il faut surtout que ce dialogue se fasse en temps réel –  autour d’une table où il est possible de pondre ensemble des idées nouvelles et des compromis prometteurs.

Les outils de consultation classiques ne permettent pas cette créativité parce que les parties sont isolées : l’une dans le rôle de la création d’idées et l’autre dans sa froide analyse technique et légale. Nous avons besoin au contraire d’une sorte d’équipe de recherche et développement où tout le monde évolue dans le contexte d’un processus créatif et itératif.

Ce genre de comité demande beaucoup plus, pour les citoyens impliqués, que le simple dépôt d’une idée : il exige un travail de longue haleine. Après des années d’implication citoyenne, nous sommes persuadés que les résidents du Mile-End sont capables de cet effort.

Luc Ferrandez

Mini Mayor, né à Montréal. Études de troisième cylcle à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (Paris). Chercheur en environnement pour le Centre International de Recherche en Environnement et Développement (CNRS - Paris). Conseiller communications Hydro-Québec. Directeur communications CAE Électronique. Consultant gestion du changement. Consultant en management. Militant en environnement urbain depuis 15 ans. Combine les qualités qui permettent de gérer et de mettre en œuvre des idées et des projets dans des organisations complexes ou des situations difficiles.

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