le quartier de mes rêves…

J’habite un quartier où il fait bon vivre, où on sent la communauté, où les gens se saluent dans la rue, où le café du coin est mon deuxième salon, où la diversité se côtoie, où les générations ne font pas que se croiser, où l’échelle humaine se retrouve dans le magasinage que l’on fait, où la culture se perçoit au coin de la rue… Pourquoi donc rêver d’un quartier meilleur ?

Préserver cette qualité de vie ? L’améliorer ?

Malgré ces points forts, des menaces sont palpables… Une nouvelle phase de développement pour rendre plus beau, plus chic, plus attrayant le quartier à l’Est de Saint-Laurent… On ne peut être contre l’amélioration, la beauté, si en plus on peut avoir dans ce coin de quartier plus de convivialité, de sécurité…

Mais les risques de ce développement se situent à d’autres niveaux. D’abord la poussée de gentrification amenant une hausse des loyers et qui risque à moyen terme de voir partir tout un pan de la communauté. Parmi eux, les gens moins fortunés qui n’ont pas les moyens d’acheter ou de louer, comme les artistes et créateurs, mais aussi des étudiants, des femmes monoparentales, etc. Des gens qui font que ce quartier est ce qu’il est. Le dynamisme le qualifiant risque aussi de s’envoler avec une partie de ces résidents qui le construise. L’autre risque se situe au niveau environnemental, particulièrement en ce qui concerne le manque d’espaces verts et l’accroissement de la circulation automobile (il y a déjà augmentation de 3 % par année pour l’ensemble de l’arrondissement Plateau Mont-Royal)…

La protection des lieux de création est primordiale, car ces lieux se trouvent actuellement en partie dans les grandes bâtisses qui ont vu partir l’industrie du vêtement permettant aux artistes, artisans et petites entreprises de bénéficier de loyers commerciaux moins chers … Un plan de revitalisation qui ne compte pas de mesures de protection de ces espaces va les voir partir à moyen terme pour faire place à une industrie qui a les moyens de se payer le nouveau quartier St-Viateur Est. On ne peut revitaliser et laisser aller les prix du marché sans mesures pour protéger un minimum d’espace pour les moins fortunés et inclure le développement durable. Le développement durable, c’est aussi agir pour contrer la pauvreté, donc pour la protection, la cohésion et pour une vision globale du quartier. Il faut que les bottines suivent les babines !

Je rêve d’un quartier où l’humain et son environnement seront au cœur de la vision de développement. Où la diminution de la circulation automobile sera plus que quelques dos d’âne sur trois ou quatre rues résidentielles. Où le développement du transport collectif aille de pair avec des mesures d’apaisement beaucoup plus généralisées, en offrant une offre de transport collectif adéquate. À ce niveau, pourquoi toujours réfléchir en termes de grandes infrastructures dispendieuses quand des transports collectifs plus souples répondraient mieux à la demande?

Imaginons l’avenir autrement, en commençant par notre quartier

Un aspect dont nous parlons peu dans le développement durable est l’importance de la participation citoyenne… Des pistes d’actions comme celles cités plus haut, il en sort dix fois plus quand nous sommes capables de réunir les citoyens d’un quartier comme le nôtre. Réunir les gens, les faire participer à l’élaboration d’une vision de quartier sans qu’ils se sentent utilisés à des fins politiques. Les élus et autres acteurs en lien avec le développement du quartier devraient se situer en aval de la participation citoyenne, sans être exclus du processus citoyen. Il est important dans ce cas que les décideurs comprennent bien leur rôle et qu’ils ne récupèrent pas le processus pour faire passer un agenda caché de projets de développement.

Nous devons donc réfléchir le développement et l’évolution de cette planète à partir de notre communauté. Le contexte en accéléré que nous vivons par la crise économique et environnementale non seulement nous convie à cette mobilisation active mais nous conjure d’y entrer de plein fouet.

Le territoire local est le plus important lorsqu’il s’agit d’agir en terme de développement… car c’est sur cet espace que le développement a le plus d’impact dans la vie des gens. Et pourtant, le désintéressement à la chose publique est si grand qu’on se demande même pourquoi on fait encore des élections…

Faisons un rêve: imaginons un quartier qui nous ressemble davantage et qui répond à nos aspirations, qui soit convivial. Que la communauté soit plus solidaire, que l’environnement soit respirable et sécuritaire. Bref, que le quartier ressemble plus à l’humain qui l’habite !!!

Richard Ryan

J'ai été organisateur communautaire durant une vingtaine d'années dans le milieu communautaire et dans le réseau de la santé. J'habite le quartier Mile End depuis une vingtaine d'années. Impliqué à différents niveaux, c'est surtout au Comité des citoyens du Mile End que j'ai concentré mes efforts de 2007 à 2009, en participant à l'organisation de la démarche citoyenne du quartier. En novembre 2009, j'ai été élu conseiller municipal dans le district avec Projet Montréal.

Submit a comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *