Aucune terre ne sait quel drapeau flotte au-dessus d’elle ou quelle nation représente ce drapeau. Mettre des drapeaux sur les territoires se fait par commodité, pour qu’on puisse aisément les trouver et déclarer d’où nous venons. Les noms des places, projetés sur les cartes, les coins de rues et les portes des jardins, comme les graffitis, permet à l’histoire de savoir qui est passé par là, mais ils ne sont pas gravés dans la pierre. Lorsqu’ils arrivent, les propriétaires marquent leur territoire non pas en laissant leur odeur sur le pied d’un arbre, mais en changeant le titre du terrain indiqué par ce même arbre. Si vous assemblez chronologiquement une série de cartes d’une région en les déposant une sur l’autre, telle les couches de peintures d’un vieux meuble, vous pouvez saisir les changements d’adresses. Aujourd’hui, il est possible de localiser chaque maison par 4 petites lignes, un numéro sur une route, une ville, une province, un pays; c’est tout ce que ça prend. Sous cette insipide formule, griffonnée sur une enveloppe, se trouve l’histoire de cette parcelle de terre.
Jenkins, P. (2001). An acre of time. New York : Paperback. p. 69.
