la gare transformée en champ

Le premier chemin de fer au Canada entra en service en 1836, un simple passage entre le fleuve Saint-Laurent et la rivière Richelieu. Dès 1859, lorsque le pont Victoria permit enfin de traverser le Saint-Laurent, le chemin de fer du Grand Tronc allait de Portland (Maine) sur la côte Atlantique, via Sherbrooke jusqu’à Montréal, et vers l’Ouest jusqu’à Toronto, Sarnia et Chicago. Après la Confédération de 1867, de nouvelles lignes furent ajoutées pour rejoindre les provinces maritimes. En 1871, afin de convaincre la Colombie-Britannique de rejoindre le Canada, le gouvernement de John A. Macdonald promit de construire une ligne de chemin de fer transcontinentale sur le territoire canadien.

Le gouvernement du Québec et quelques investisseurs privés s’unirent alors pour construire une ligne partant de Québec, passant par Montréal jusqu’à Ottawa, pour rejoindre la ligne transcontinentale, ainsi que vers les Laurentides pour permettre la colonisation des terres inhabitées au Nord de Montréal. Pierre Beaubien, propriétaire d’un vaste terrain à l’Est de la rue (aujourd’hui boulevard) Saint-Laurent, réussit à convaincre les décideurs de faire passer le segment montréalais de la ligne sur son terrain. La voie ferrée fut terminée en 1876 et, en 1878, la gare du Mile End fut construite sur le terrain Beaubien, au coin de Bernard et Saint-Dominique. La même année, le village de Saint-Louis-du-Mile End fut incorporé. En 1882, le chemin de fer fut acheté par le Canadien Pacifique.

Durant les 35 années suivantes, le village de Saint-Louis-du-Mile End devint un important faubourg résidentiel et industriel, desservi par la voie ferrée et relié au Montréal voisin par les tramways électriques. Le village devint la ville de Saint-Louis en 1895 et fut annexée par la ville de Montréal en 1910. Malgré le fait que les trains transcontinentaux furent déroutés vers la nouvelle gare Windsor à partir de 1898, contournant ainsi le Mile End, la gare du Mile End fut reconstruite en 1911, plus grande et plus imposante.

En 1907, l’activité reliée aux chemins de fer était devenue si intense que le Canadien Pacifique acheta l’emprise de la rue Alma (entre Bellechasse et Laurier) à la ville et la remplaça par une voie ferrée pouvant desservir les industries. La zone délimitée par la ligne principale et les rues Henri-Julien, Maguire et de Gaspé devint la cour Saint-Louis du Canadien Pacifique. Cette zone fut la première d’une série de cours à marchandises s’établissant le long de la ligne du Canadien Pacifique entre Outremont et Hochelaga. Les industries lourdes se concentrèrent le long du chemin de fer pendant des décennies, servies par un flot constant de voitures de marchandises effectuant les livraisons et expédiant les produits finis.

Cependant, le flux de trafic commença à diminuer petit à petit. Déjà en 1931, la gare des voyageurs du Mile End ferma ses portes, remplacée par une plus grande installation au coin de Parc et Jean-Talon. La vieille gare fut louée pendant 40 ans à des industries qui y installèrent leurs ateliers ou entrepôts, jusqu’à ce qu’elle soit démolie en 1970 pour laisser sa place au viaduc Rosemont-Van Horne. À cette époque, les industries situées le long du chemin de fer déménageaient hors de la ville dans les nouveaux parcs industriels se construisant le long des autoroutes. Du côté Est de l’avenue de Gaspé, la cour Saint-Louis céda la place graduellement à de grands édifices à dix étages construits pour l’industrie du vêtement entre 1965 et 1975. Seulement la partie nord-est de la cour Saint-Louis subsista jusqu’au milieu des années 1980. Le terrain n’accueillit plus d’autres constructions, il fut laissé vacant.

Depuis maintenant plus de vingt ans, ce terrain est un espace tranquille. Maintenant, une nouvelle vague d’activité s’y établit.

Justin Bur

Justin Bur, membre de l’organisme Mémoire du Mile End, est diplômé en informatique et en urbanisme. Il s'intéresse au développement de la ville à travers la géographie de son réseau de transports, en étudiant l'histoire ferroviaire et l’histoire des tramways de Montréal, et à l'évolution du Mile End, où il habite depuis dix ans. L'objectif de son implication est de tirer profit de l'enseignement du passé pour chercher des solutions durables et performantes aux questions de transport et d'aménagement. Justin Bur, member of Mile End Memories, has degrees in computer science and urban planning. He is interested in the development of the city through the geography of its transport network, studying railway history and the history of Montreal's streetcars, and in the evolution of Mile End, where he has lived for ten years. The purpose of his involvement is to benefit from the teaching of the past to find sustainable and effective solutions to urban planning and transportation questions.

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