Robin Gorn mon champs

Il y a cet exercice Zen où l’on contemple un microcosme d’un pied carré de sol durant des jours, des semaines et des mois. Je marche de mon appart pas cher sur avenue du Parc, passant sur Saint-Viateur, à travers le district de la shmatah (qui signifie guenille en Yiddish), par un stationnement tout croche, une clôture éventrée, puis je me trouve sur un grand espace libre et sauvage.

Je peux respirer. Je prie ici, je vois les changements de saisons, dessine, lis, écris et exerce ma danse et ma voix. Depuis dix-huit ans, c’est mon parcours de tous les jours ou de toutes les semaines. Après des nuits d’insomnie, j’y venais dormir sur le sol afin que la terre absorbe mon inquiétude. Je pouvais y pleurer aussi fort que j’avais besoin mes peines d’amour. Je pouvais y chanter aussi fort que voulais. Avec mes amis, je célébrais l’automne et mon anniversaire. J’y amenais mes petits voisins qui n’avaient pas l’occasion de sortir de la ville afin qu’ils prennent un bain de nature. C’est notre endroit magique.

Je vois le soleil se lever à l’Est et se coucher à l’Ouest. Je me couche sur le dos, entourée des hautes herbes et je suis invisible aux passants, mais pas à ceux qui travaillent là-haut dans les usines. J’ai besoin de cet endroit où règne la nature. J’ai grimpé les dunes de neige et de glace et regardé, la nuit, le vent porter la neige en vagues immaculées à travers le champ. Je l’ai traversé alors qu’il était sous une croûte glacée ou devenu marécage boueux au printemps. Je l’ai vu scintiller de neige granuleuse et s’éveiller dans le pâle brouillard violet d’un matin d’été. Des herbes séchées qui restent dressées jusqu’au printemps. J’ai vu les lièvres et les insectes. Je peux voir la terre faire ce que la terre fait quand on la laisse faire. Je peux voir l’état de la terre dans la ville où je vis tous les jours. Ce qui se passait sous ce béton avant que nous soyons ici et ce qui se passera quand nous serons partis.

Il n’y a pas de jardiniers, pas de paysagistes, exceptés ces guérilleros qui jouent avec des plantes indigènes poussant sauvagement. Les gens utilisent cet endroit pour la spontanéité, pour promener leur chien, pour faire de la photographie, de l’artisanat naturel et pour pique-niquer. J’ai enterré ici Boo et Kedgy, ainsi que l’oiseau que Kedgy avait ramené à la maison. Alice a enterré Thomas pattes-blanches. Je me demande combien de squelettes se trouvent dans ce champ.

Ce champ est sacré pour moi. Je suis reconnaissante d’avoir eu un morceau de terre à aimer et soigner. De gens ont cloué du plastique et autres objets rituels sur l’arbre près du vieux dock. J’ai grimpé l’arbre et retiré chaque clou offensant et sorti toutes leurs ordures. J’ai ramassé les seringues et sorti les cannes de bière. Je suis férocement protectrice de cet endroit et je veux le protéger pour les autres de la façon dont il m’a protégé.

Robin Gorn

Poet, Singer and Songwriter, Robin Gorn has been performing and teaching for the past eighteen years. Her studies and teaching technique are about integration of sound, breath, emotion, movement, body and spirit. She draws on traditions from all over the world. Robin has a background in African dance, and Yoga, and is studying Chi Kung. In addition to her poetry and songwriting her songs includes, samba, tango, reggae, folk, jazz, classical, spoken word, country and r&b. She has recently returned from studying and performing in Brazil.

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